REIGI (ETIQUETTE)

Au Japon comme ailleurs, à 1000 dojo, 1000 reigi. Mais au fond, tous parlent d'une seule et même chose. On traduit souvent reigi par étiquette, ou protocole, soit l’ensemble des règles de bienséance et de préséance à respecter dans un dojo... et si possible en dehors du dojo. Sans avoir besoin d’aller chercher très loin (chacun reste libre de son interprétation personnelle), le reigi est en premier lieu une règle de politesse et d’attention aux êtres et aux choses. Nous y ajouterons également la notion d’hygiène et de sécurité. Soulignons d’emblée qu’il n’est en rien une simple forme, son domaine ne se limite pas aux apparences. Reflet d’une attitude intérieure, il s’avère de surcroît un puissant moyen de renforcer celle-ci. Sans elle, le protocole n’est qu’une mascarade, une pantomime japonisante hypocrite et inutile.

Le reigi est le fruit combiné de la tradition martiale et des traditions singulières à chaque dojo, à quoi nous pourrions ajouter les clauses culturelles locales et les petites déformations d’un jour, dues à une erreur, ou un événement particulier, qui se pérennisent sans qu’on sache bien pourquoi et sans qu’on l’ait véritablement décidé. Notons également que l’étiquette porte encore les stigmates du passé spirituel et religieux du Japon, qui s’entrechoquent discrètement dans les pratiques habituelles, citons juste pour exemple le « mokuso » issu de la tradition bouddhiste, ou du « seiza » d’origine Shintô… Quoiqu’il en soit, lors d’une visite, l’adepte de passage doit se montrer attentif aux habitudes du dojo, et s’y conformer, même si elles diffèrent des siennes.

Dans tous les cas, le reigi est un code comportemental investi de mémoire et de culture, dont la marque principale est le respect. Respect envers le lieu, la mémoire, les objets, les professeurs, les anciens et tout un chacun. Et bien entendu, respect de soi-même.

Il est essentiel de réfléchir au sens du reigi, au plan général comme au plan particulier. Il contribue à une atmosphère fluide, où chacun est à sa place et fait ce qu’il doit faire, il aide à une meilleure concentration, une meilleure qualité d’écoute du professeur et de soi-même, une meilleure attention, partant une meilleure sécurité et une pratique plus juste et plus intense. Nous pourrions ajouter que le reigi participe de l’élégance d’un dojo, de l’éthique et de l’esthétique de l’ensemble de la pratique. Jamais il ne doit être traité comme une simple formalité, une lourdeur protocolaire, voire un vestige de cérémonial ancien dont on ne sait plus vraiment ce qu’il signifie, et qu’on « fait parce qu’il faut le faire ».

Encore une fois, il est impossible d’être exhaustif tant le sujet est vaste. Le reigi appartient pleinement à l’art du sabre, il en est à la fois le premier stade, et peut-être le plus élevé, en tant qu’expression supérieure de zanshin, l’esprit de vigilance, celui qui, ultimement, permet au sabre de rester dans son fourreau, où dans l’ombre il œuvre pour la vie.

LE REIGI D’ÔMORI

Notre façon d’appréhender le reigi n’est pas figé dans un carcan, il est exempt de tout « esprit de troupe », que nous distinguons de « sens du groupe ». Chacun est libre de l’investir du surcroît du sens qui convient à sa pratique et à sa recherche personnelle.

D’une séance à l’autre, le reigi se révèle identique à lui-même et différent, selon la sensibilité particulière du jour, le nombre et la motivation des adeptes, les visiteurs, la pratique prévue.

Le professeur en décide, il induit telle ou telle expression de l’étiquette, requerrant le rôle du sempaï ou non. Le sempaï reste donc attentif au professeur, et les kohaï s’adaptent sur l’instant.

Le reigi est fluide, instantané, il appartient à chaque instant, varié dans son expression mais égal d’un point de vue intérieur. Il requiert toute l’attention du pratiquant.

Le salut au SHOMEN, outre les moments où il est demandé, est à la libre appréciation de chacun. On salue en entrant dans le dojo, au moment de mettre l’armure, pour conclure la séance. Ce salut est discret, personnel.

Particularités :

Lorsque le pratiquant pénètre dans le dojo, il salue les présents - en commençant par le senseï - par une simple inclinaison du buste. L'attitude est celle requise pour le combat : concentration, posture et tenue correcte. Pas d'effusions, poignées de mains, bises, papotages... que l'on garde pour l'extérieur. 

Le pratiquant revêt sa tenue, installe son armure et ses armes et participe au nettoyage du dojo. 

Ensuite, il commence son échauffement. Les anciens peuvent conseiller les nouveaux, de personne à personne.

La vie actuelle ne permettant pas à tous les pratiquants d'arriver en avance, la séance habituelle peut commencer sans salut collectif. Chacun aura pris soin de saluer individuellement : le shomen, le professeur, les sempaï, les kohaï... On comprendra cette forme libre en considérant que la pratique ne s'interrompt pas d'une séance à l'autre. Si l'on dit que le kendo "comme par un salut et finit par un salut", ce commencement et cette fin ne correspondent pas à des interruptions de la pratique.

Lorsque l'enseignant (senseï) entre dans le dojo alors que des pratiquants s'y trouvent déjà, celui qui l'aperçoit lance : "yame!". Tout le monde s'interrompt. Après un bref échange de salut, chacun continue ce qu'il était en train de faire.

Lorsque le senseï est absent, le sempaï guide le salut au shomen et aux pratiquants entre eux : "shomen ni, otagai ni."

KENDO: lorsque un salut formel est requis, le sempai annonce :

SEREITSU : le pratiquants s’alignent.

SEIZA : les pratiquants s’assoient, ils veillent à s’aligner également sur le sempaï, chacun surveille à sa gauche, où se trouve un pratiquant plus ancien et/ou plus gradé.

SHISEI O TADASHITE : chacun soigne sa posture, intérieure et extérieure, corrige la verticalité, pose la respiration.

KI OTSUKE, METSUKE : rassembler l’énergie, concentrer le regard

MOKUSO : d’origine bouddhique, la pensée libre, instant de concentration, de méditation, de passage vers le combat. (l'ordre est franc, assez fort pour que chacun l'entende, mais inutile de beugler "moksôôôôôôôôôôôôôôôô...")

MEN OTSUKE : mettre le casque. Dès qu’un adepte en armure s’est levé, les kyushas peuvent se lever également. A noter qu’il est préférable d’utiliser un tenugui propre et repassé à chaque séance. C’est une question d’hygiène et de politesse.

MEN OTORE : enlever le casque. Eviter d’exhiber le tenugui sale, de s’essuyer ostensiblement. Replacer correctement les cordons, les pièces d’armure, le hakama.

SHOMEN NI REI : saluer le shomen. Salut plus appuyé, plus long.

SENSEI NI REI : saluer le professeur. Les adeptes se penchent AVANT le professeur, et se relèvent APRES

OTAGAI NI REI : salut aux uns et aux autres, en un seul.

NOTE : à la fin du cours, et s’ils le souhaitent, les combattants peuvent aller saluer le professeur, ainsi que ceux avec qui ils ont croisé le shinaï, par ordre de grade et d'ancienneté. Ce salut est laissé à la libre appréciation de chacun et n’est en rien obligatoire.

IAIDO

Lors des keikos habituels (hors stage, visite particulière...), les pratiquants saluent le Shomen, puis leur sabre, librement.

A la fin du keiko, salut au sabre, au professeur, au Shomen, librement ou ensemble, selon les conditions.