LE DOJO (I) à l’adresse des débutants… et rappel pour les anciens !

Kenishi Yoshimura, expert permanent installé en France depuis 30 ans, 8ème dan hanshi, nous dit que ce n’est qu’après l’époque Edo (début XVIIème/milieu XIXème), quand le sabre a resserré ses liens à la spiritualité, que les arts martiaux, en passe de devenir le Budo, ont centré leur pratique dans le dojo, définit comme un « espace physique et mental ». Nous ne venons pas au dojo pour pratiquer simplement une activité sportive ou un loisir, même si, bien entendu, l’escrime est à la fois sportive et ludique. Oui, et pas seulement. Il est essentiel de le comprendre et de l’avoir toujours à l’esprit. La « voie du sabre »(kendo) est une discipline, librement consentie, qui poursuit le but d’améliorer nos qualités humaines par l’étude de la relation du corps et de l’esprit en situation de combat. Nous comprenons alors que le dojo doit offrir l’atmosphère et les conditions propices au travail, à la concentration, et placer le pratiquant dans des conditions qui influenceront favorablement son comportement et son évolution.

Le lieu lui-même de la pratique relève des valeurs du Budo (nous reviendrons plus tard sur ce terme) : sérénité, propreté, esthétique. Il n’est pas concevable d’étudier dans un lieu sale et en désordre, même si, dans l’idéal cela devrait être possible, puisque le pratiquant doit toujours être à même d’exprimer son art… restons dans la préoccupation de l’étude et de la bonne acquisition technique et mentale. Comme nous pratiquons aujourd’hui dans une salle polyvalente qui « devient » un dojo lorsque nous l’investissons, il est possible que le plancher soit sale et que des objets laissés par d’autres y traînent. Arrivé avant tous, le sempaï, « l’ancien », s’est armé… d’un balai ou d’une serpillière. N’hésitons pas à suivre son exemple. Le ménage du dojo n’est pas un acte anodin. Il permet d’entrer intimement en contact avec le lieu. Nous avons tous en tête nos joueurs de rugby, dans les vestiaires ou au milieu du stade avant le coup d’envoi, fermant les yeux, approfondissant leur souffle, cherchant à « être là », le plus intensément possible. Peut-être devraient-ils tondre la pelouse au préalable, pour améliorer leur état de présence… Blague à part, le ménage du dojo offre à celui qui y procède un occasion accrue non seulement de penser sa présence dans le lieu, mais bien d’autres choses que l’on pourrait simplement évoquer par une question : « Qu’est-ce que je fais ici, maintenant ? »… « Ichi go, ichi e », disent nos amis japonais (Ici et maintenant).

Lorsque nous entrons dans le dojo, nous n’entrons ni dans une chapelle, ni dans un temple, encore que chacun soit libre d’y appliquer la symbolique qui lui agrée… dans tous les cas, il est de bon ton de saluer les lieux. Nous marquons ainsi le respect à l’espace de travail et à la tradition dans laquelle nous nous inscrivons. Saluer donne aussi une première occasion de penser que nous n’entrons pas seulement dans une salle, mais aussi dans cet espace mental dont parle Monsieur Yoshimura. On se déchausse, on range les sandales dans l’alignement des autres, pointes vers la sortie (nous reviendrons sur ces détails), et puis… nous entrons.

Il est indispensable de sentir en soi que quelque chose a changé, depuis le parking, les vestiaires. Nous avons laissé la vie habituelle à l’extérieur, nous la retrouverons plus tard avec plus de plaisir encore, forts de nos progrès un sabre à la main. D’emblée, le regard se place à l’horizontale. La parole se raréfie. Le souffle s’organise. Le corps est droit, délié, il témoigne d’une attitude intérieure (shisei). Nous prenons conscience de la pièce, de l’emplacement du « shomen », du professeur, des compagnons déjà présents. Dès le premier pas dans le dojo, nous exprimons pleinement une notion fondamentale de l’art du sabre, l’esprit de vigilance. « Zanshin ».

à suivre…

O

Kendo Sabre Escrime dojo iaido japon Japonais